Samedi 02 juin
Nous partons donc samedi matin de Barcelone à Gruissan en voiture. Ce week-end, le lundi est férié… les barcelonais en profitent et partent passer le week-end sur la Costa Brava… nous sommes donc retardés par les bouchons.
Finalement, après deux heures et demi de route, nous arrivons à destination vers 13H30.
Nous allons directement au port prendre des nouvelles de Belami. Tout va bien. Malgré le vent terrible qui agite les mats des voiliers, Belami est là et nous attend tranquillement.
Nous montons à bord, ouvrons la porte de la cabine… tout est là… nous avions laissé pas mal d’affaires achetées le week-end précédent.
Notre « skipper », JU et moi commençons à déballer notre barda. Fringues, glacière, bouffe, cartes, GPS, bouquins, magazines… bref, l’espace limité de la cabine nous oblige à optimiser la place !
Nous nous rendons plus tard à la capitainerie. La météo est toujours menaçante : Le BMS est maintenu jusqu’au dimanche 6h00 du matin. Les BMS sont des Bulletins Météo Spéciaux. Ils sont émis quand la vitesse du vent observée ou prévue dépasse 7 Beaufort… ce qui est franchement beaucoup. Le BMS de samedi est accompagné de prévisions de vitesse de vent jusqu’à 9 Beaufort. C’est clair… avec un vent supérieur à 7 Beaufort on ne sort pas… en tous cas pas avec un bateau que l’on ne connaît pas encore.
Nous allons manger un peu tard, faisons un détour par un shipchandler et passons la fin d’après midi à changer quelques pièces. Le pataras est en très mauvais état. Nous remplaçons poulies et taquets. Nous équipons également la bouée fer à cheval : filin de 40 mètres et lampe à retournement, obligatoires. Comme la réglementation l’exige nous la positionnons à l’arrière du bateau, prête à être lancée en cas d’homme à la mer.
Nous écoutons toutes les heures la VHF. Nous nous mettons sur le canal 16 qui est le canal de sécurité. Les bulletins sont annoncés sur ce canal. Nous devons ensuite passer sur le 79 pour écouter ces bulletins. Vers 22H00, les prévisions sont toujours pessimistes… le BMS est prolongé jusqu’à 10H00 du matin. Notre départ pour ce week-end est remis en cause. Nous dînons au port sur le bateau. Salade de riz et quiche préparés la veille, bouteille de rouge… tout va bien, mais le moral n’est pas vraiment là… Nous ne savons pas si nous pourrons partir pour Barcelone ce week-end et la pression commence à monter.
Finalement, nous nous couchons. Nous prévoyons de nous lever vers 6H00 pour écouter une dernière fois la météo et prendre notre décision : départ ou pas. Nous dormons à trois dans la cabine… honnêtement c’est gérable. Ok, c’est petit, mais ça passe. Fatigués, nous nous endormons rapidement. Mais toute la nuit, nous nous réveillons en espérant ne plus entendre le vent qui hurle dans les haubans des voiliers du port. Mais à chaque réveil, dans un demi sommeil, nous nous rendons à l’évidence : le vent ne faiblit pas ; notre périple est compromis.
Dimanche 03 juin
Dimanche, 5H45, je me réveille. Je prends ma parka, je sors de la cabine et m’installe sur le pont. Il me semble que le vent est légèrement tombé. J’allume la VHF et attend le bulletin. Je reste sur le 16 pendant une vingtaine de minutes. Puis, j’entends le grésillement habituel que nous commençons à reconnaître. Le bulletin est annoncé et je passe sur le 79. Je réveille notre Skipper et JU. Nous nous taisons, le vent perturbe notre écoute, mais nous comprenons dès les premières secondes que les prévisions ont changé. Force 4 à 5 sur Gruissan et la région. Plus au sud, vers le Cap Béar des pointent jusqu’à 6 Beaufort sont prévues en début de journée se calmant en soirée. Mer de peu agitée à agitée… Nous comprenons alors que nous pourrons partir ! Nous aurons dans un premier temps un vent soutenu venant de ¾ arrière… parfait pour naviguer confortablement. Plus tard nous risquons de rencontrer des conditions plus dures, mais l’orientation du vent est idéale pour nous. Le temps que nous mettrons pour arriver jusqu’au Cap Béar laissera le temps au vent de se calmer… comme le prévoit la météo.
Il est 6H00. Nous prenons une douche au port et nous habillons chaudement. Le ciel n’est pas très dégagé, le vent souffle, nous nous préparons à affronter des conditions difficiles. Nous faisions les malins la veille, mais à quelques minutes du départ, les visages se tendent un peu. Nous savons que cette traversée devrait être facile, mais voila, la météo, l’effet nouveauté, le fait que nous ne connaissons pas le bateau, font que nous nous mettons légèrement la pression.
Nous préparons les voiles, vérifions que tout est bien arrimé à l’intérieur de la cabine, dégageons le pont et démarrons le moteur.
Ca y est c’est parti ! Nous larguons les amarres, j’enclenche la marche arrière. Nous sortons du port et prenons le chenal. Après 20 minutes de chenal qui nous laissent le temps de prendre notre petit déj, nous arrivons face à la mer. Pas mal de moutons... le vent est encore fort. Nous prenons deux ries (manière de réduire la surface de la grand voile) et envoyons la grand voile. Nous envoyons ensuite le génois.
Nous prenons un cap de 170°. Rapidement nous nous éloignons des cotes. Progressivement, le vent faiblit. Nous envoyons alors totalement la grand voile. Tout va pour le mieux : la mer est calme, le vent nous permet de maintenir une vitesse de 6 nœuds. Nous passons la matinée à vérifier les cartes, paramétrer le GPS, optimiser le réglage des voiles… c’est clair, c’est cool.
Plus tard dans la soirée le vent tombe et nous devons allumer le moteur. Vers 20H00 nous passons le Cap Creu… Mélange de soulagement et déception. Pour nous le Cap Creu fait parti du mythe de cette expédition… Le Cap Creu c’est le passage sensé être le plus « chaud »… Mais voila, nous y sommes. La mer est hyper calme… idéale pour une session de ski nautique… rien à voir avec l’image terrible que nous en avions. Alors biensur nous sommes soulagés de ne pas être pris dans la « tourmente », mais nous sommes aussi déçus que ce soit aussi facile… tellement facile que nous prenons l’apéro : Sangria, Vin d’orange, saucisson etc… bref c’est quand même plutôt cool ! Nous passons ensuite à proximité de Cadaques (patrie de Dali), puis la nuit tombe.
En prévision de la nuit de navigation qui nous attend, nous installons le pilote automatique. Cet engin est en fait un « bras » télescopique qui se fixe à la coque et à la barre. Une fois un cap paramétré, le pilote permet de maintenir ce cap en agissant directement sur la barre. Puis notre « skipper » se couche rapidement… peut être légèrement victime du vin d’orange.
Je prends le premier quart. JU reste avec moi. Il est maintenant 23H00, le ciel est hyper dégagé, les étoiles brillent, le vent est toujours absent et nous sommes toujours au moteur. Une demi-heure plus tard JU va se coucher. Je suis alors seul sur le pont… je veille : moteur et pilote automatique ne me laissent pas grand-chose à faire. Dans ce cas, une seule mission : veiller à ne pas foncer sur un bateau, une bouée, etc… 20 minutes pus tard, je perçois à la lueur de la lune des risées sur l’eau… signe que le vent se lève. Excitation.
Je range ce qui traîne dans le cockpit. Je ferme ma parka, je me fixe la frontale sur le front… je suis prêt à affronter les éléments. Le vent est à peine suffisant pour se permettre d’éteindre le moteur et de poursuivre avec les voiles, mais bon, j’ai la sensation d’être au milieu du pacifique avec force 7, en plein Vendée Globe ! Je suis à fond ! J’envoie la grand voile, puis le génois. Belami accélère. C’est l’extase. J’entends le bruit des vagues contre la coque, j’allume ma frontale et surveille les voiles. Le vent varie pas mal et je passe d’un coté, puis de l’autre pour régler mes voiles. Honnêtement, je ne suis pas sur du tout de mes réglages, mais je prend tellement mon pied que le principal n’est pas là. Je surveille le GPS qui affiche des pointes à 6,5 nœuds… c’est trop bon !!
Vers 3H00 du matin, nous passons au large de Palamos et de Playa de Aro. Les deux autres dorment toujours. Dehors, le vent s’est calmé et je suis obligé de rallumer le moteur. A 4H00, je réveille notre skipper pour lui passer le relais. Nous avions pris un cap direct, au large des cotes… mais à force d’être au moteur, nous devons commencer à être vigilants sur le niveau d’essence. La veille nous avons épuisé la nourrice principale. Notre réserve de 10 litres ne tiendra plus très longtemps. Nous décidons alors de nous rapprocher du rivage. Nous devrions arriver au petit matin vers Tossa del Mar ou nous prendrons de l’essence.
Je vais me coucher. Je ne dors pas très bien. Apparemment le vent s’est relevé et notre « skipper » à pu mettre les voiles. Le bateau gîte pas mal… ça devient assez inconfortable pour dormir… nous sommes obligé de nous agripper aux équipées pour ne pas « rouler » dans nos couchettes.
Lundi 04 juin
Vers 6H00, c’est au tour de JU d'effectuer son quart. A 7H30, elle nous réveille. Le message est clair : nous n’avons quasiment plus d’essence et nous sommes à Tossa del Mar… comme prévu. Sauf qu’elle vient de checker dans les bouquins et sur les cartes : il n’y a pas de port à Tossa… donc pas d’essence. Nous décidons alors de poursuivre jusqu’au prochain port. Nous baissons le régime du moteur pour consommer un minimum.
Après environ une demi-heure à bas régime, nous décidons de couper le moteur. Nous gardons le peu d’essence qui nous reste pour pouvoir redémarrer en cas d’urgence. Nous ne pouvons en effet pas compter sur le vent… totalement inexistant ! Un léger courant nous fait dériver vers la cote. Nous sommes comme trois cons à guetter le moindre souffle ou un bateau qui pourrait nous venir en aide. Assez rapidement un bateau passe. Nous lui faisons signe, il se rapproche. Nous lui expliquons la situation, il nous demande de patienter un quart d’heure. Comme promis, il revient un peu plus tard avec de l’essence. Je mets environ deux litres… je n’ose pas trop abuser. Nous repartons, toujours au moteur, le vent continue de nous faire défaut… ça commence à nous gonfler sérieusement !!
Nous sommes maintenant à 100 mètres de la digue du port de Blanes. Nous voila « sauvés » !! JU et le skipper font une sieste, je suis à la barre. Je me rapproche encore de l’entrée du port et à 50 mètres de notre but : pof pof, le moteur s’arrête. Cette fois c’est la panne d’essence. Rebelote… le vent nous pousse vers la digue. Je réveille mes 2 compères. A nouveau, nous avons de la chance : un mini zodiac passe proche de nous. Nous l’interpellons. Il nous donne gentiment un demi litre d’essence… largement suffisant pour arriver jusqu’au port.
Notre « Skipper » doit nous quitter. Notre départ décalé d’un jour, le manque de vent et ces galères d’essences nous ont fait prendre pas mal de retard. Il a un vol le soir même de Barcelone à Marrakech, si nous ne laissons pas là, il risque de le rater. Nous nous séparons donc à la station service, puis après un plein nous repartons JU et moi.
Nous naviguons toute l’après midi vers Barcelone. Vers 21H00 nous ne sommes plus qu’à une demi heure de notre but… Nous voila au bled !! La ville s’illumine, nous avons repéré l’entrée du port, nous sommes trop heureux d’avoir amené Belami à la maison. Après une manœuvre relativement bien gérée, nous sommes à quai. Notre amarre est effectivement pas mal placée : devant une rangée de bars et de restos… ambiance plutôt sympa.
Nous sommes morts de fatigue et plions rapidement. Nous sautons dans un taxi et arrivons à l’appart. Génial !! Belami est au port et nous sommes à la maison en bonne santé ! Nous regretterons de cette expédition le manque d’ « extrême »… mais voila, faut pas abuser… je pense que l’on aurait pas trop fait les malins si ça avez été chaud !!
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